« Je suis parfois un peu teigne avec mon mari. Il faut dire qu’il est placide, gentil, certes, mais névrosé, bonnet de nuit et constamment déprimé. Je suis avec lui depuis longtemps. Avec le confinement, je me suis occupé de la scolarité notre fils. Mon mari me reproche ce qu’il perçoit comme une complicité que j’aurais avec mon enfant. Alors j’en ai parlé à mon psy habituel. Et il m’a scudé. »

Amandine s’arrête. Je sens que les larmes montent.

Puis elle ajoute qu’elle n’a plus de relations sexuelles avec son mari depuis longtemps et me parle de « désaffection physique ».

Je lui demande comment elle pourrait résumer ce qu’elle a ressenti à la suite des propos de son psy. « Une grande douleur », lâche-t-elle, tant les mots lui ont paru violents.

Je ne connais pas Amandine, qui vient pour la première fois sur recommandation d’une patiente de ses amies qui lui a « promis » que je ne la jugerai pas. Je l’invite à aborder plus avant sa relation sexuelle interrompue. Elle me dit culpabiliser de « ne pas coucher ». Et, rapidement, elle enchaîne et se lâche : « mon psy m’a dit que les relations que j’ai avec mon fils sont incestuelles et que je devrais m’en éloigner pour former un « couple horizontal » avec mon mari ».

Amandine s’effondre, fond en larmes. Et je songe aux écoles de pensée dans lesquelles les patients sont analysés selon des critères sexuels ou des abus, dans un dogme facilitant le jugement et ouvrant sur des réponses toutes faites. Ici, il est enjoint à Amandine de coucher avec son mari. Pour son psy, « une femme, ça doit coucher avec son mari ». Quitte à se laisser faire. Quitte à souffrir. Grave et péremptoire invitation… injonction même puisque Amandine a totalement introjeté les propos insidieux et machistes de son thérapeute : c’est de sa faute à elle si son mari ne va pas bien car elle n’effectue pas son « devoir conjugal ».

De m’avoir parlé, d’avoir conscientisé les ombres des propos du « sachant », Amandine va déjà mieux. Elle se redresse. En fin de séance, elle se permet même d’ouvrir une porte : « il est probable que les propos de mon psy soient hérités d’une mère qui l’a fait souffrir et qui a été maltraitante. Ou d’un père harcelant… »

Amandine ne fait rien d’autre qu’évoquer le contre-transfert… et rappeler que derrière le soignant se cache, parfois, le harceleur qui s’ignore (quoi que…).


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