« Je suis devenu une pile électrique. Croiser ma femme 24/24 est un fardeau. Je cherche à lui échapper. Quand vient le coucher, j’espère qu’elle ne me demandera rien. Et je pense, chaque minute à celle que j’aime et que je ne vois plus depuis longtemps. Je pense à celle à laquelle je peux tout dire, en étant tel que je suis. Celle que je peux serrer dans mes bras pendant des heures. Cette tension me pèse. Je ne sais pas comment la gérer et m’en sortir ».

Dans son mail*, Christophe fait part de ses tensions entre la nécessité de rester confiné « en famille », et l’espoir de retrouvailles avec sa bien-aimée ; une tension entre le présent sous pression, et le futur de libération ; une tension entre un passé amoureux et vivant, et le présent de déprise obligatoire et déprimante ; une tension entre son présent « réel » avec sa femme, et son présent tel qu’il l’aurait imaginé le vivre avec sa belle. Des tensions mises à jour par le confinement, par la mise « dedans », donc dans l’esprit, dans la tête de Christophe puisqu’il ne peut en faire part à quiconque. Fort logiquement, il souhaite « en sortir », au sens propre et figuré.

Conséquences de ces tensions : un conflit psychique, une culpabilisation et donc une souffrance qui d’ailleurs débouche sur des somatisations comme du psoriasis.

« Et je ne parle pas de relations sexuelles. Je parle de nos parenthèses de bonheur et de nos échanges, ôtés par le confinement du Coit-19. »

Christophe écrit « Coit-19″… Coi comme, « silencieux », peut-être parce qu’il doit garder le silence sur sa relation extra-conjugale ? Coit comme coït ? Le mot est de plus rapproché de con et de finement

Je relève que sa relation accorde inconsciemment une place importante à la relation sexuelle, certes à côté d’une relation intellectuelle et humaine, quoi qu’il en dise. Une pulsion de vie très rassurante !

Connaissant Christophe depuis quelques séances avant la guerre contre le corona virus, je rapproche ses sentiments de sa peur chronique de l’abandon et du « largage ». Nous travaillons sur ce point et sur la confiance en soi, pour l’amener à se solidifier, à être plus stable et à ne pas « péter les plombs ». Nous consacrons quelques séances pour qu’il fasse confiance à l’autre et pour qu’il puisse lâcher prise sur ce qu’il ne peut maîtriser (la durée du confinement, entre autres), évacuer les doutes inutiles sur le comportement de l’autre, des institutions, des « structures » qui génèrent des peurs infondées, dans un cercle négatif, regarder devant, se concentrer sur l’essentiel et le positif.

Après ces séances, Christophe est rassuré. Il peut mieux affronter le temps long et la date incertaine de l’éloignement. Il sait que si rien ne sera comme avant après le déconfinement, son amour restera intact pour celle qu’il aime. Et qu’il en sera pareil pour elle, puisqu’il l’a choisie à son image.

***

* Pour ce type de sujet, faire un Skype avec, à proximité, le conjoint me paraît inadéquat : cela peut mettre en danger le patient.


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