Spontanément, la santé mentale est avant tout associée au stress et à la dépression. Les aspects plus positifs, comme l’équilibre et le bien-être, ne sont évoqués qu’en second plan. Ces évocations spontanées renvoient à deux constats importants pour comprendre le regard que portent les Français sur la question de la santé mentale : 66% reconnaissent que les souffrances psychologiques leur font peur, et une part importante d’entre eux estiment qu’il est aujourd’hui difficile d’en parler (41%).

Une santé mentale perçue sous le prisme de l’inquiétude et marquée par le manque d’information

Cette vision négative de la santé mentale est sous-tendue par un manque d’information des Français sur le sujet : 59% d’entre eux se disent mal informés sur les troubles et les souffrances psychiques.

Une méconnaissance qui touche l’univers de la santé mentale de manière générale, mais qui se manifeste très concrètement dès que l’on adresse le parcours de soins. Si 69% des Français indiquent qu’ils sauraient vers qui se tourner en cas de souffrances psychologiques, l’étude montre qu’ils connaissent en réalité plutôt mal les spécificités des différents professionnels de santé qui adressent la question. Seuls 51% des répondants disent bien connaître les spécialités et spécificités des psychologues et 46% celles les psychiatres, les deux professions les mieux identifiées. Ils identifient beaucoup moins le rôle précis des psychothérapeutes (32%) ou des psychanalystes (31%). Le médecin généraliste, non spécialiste de ces questions, apparait ainsi largement comme le premier relais de l’information sur les souffrances et soins psychologiques (56%).

Les problèmes de santé mentale répandus parmi la population française

Les troubles et souffrances psychiques sont perçus comme en constante augmentation dans la vie des Français : pour 86% d’entre eux, ils concernent de plus en plus de personnes. Et ils sont nombreux à reconnaître en avoir eux-mêmes déjà ressenti (81% au total, dont 65% estiment en ressentir aujourd’hui). S’il s’agit le plus souvent de troubles du sommeil (53% en ressentent actuellement) ou de sentiment de déprime, de manque d’énergie (43%), les Français concernés par les crises d’anxiété (36%), ou les idées sombres (30%) sont nombreux. La situation sanitaire semble par ailleurs jouer un rôle non négligeable : 31% de ceux qui souffrent aujourd’hui de difficultés psychologiques indiquent qu’elles sont apparues pendant ou suite à la crise sanitaire.

Malgré la démocratisation du sujet, peu de Français ont passé le cap de la consultation

Largement touchés eux-mêmes par les difficultés psychologiques, estimant qu’elles sont répandues également chez leurs proches (53%), et malgré le sentiment d’une normalisation de ces souffrances (68% indiquent considérer les maladies psychologiques comme des maladies comme les autres), les Français consultent peu pour leur santé mentale. Seuls 39% déclarent avoir déjà consulté un professionnel de santé à ce sujet.

En revanche, la prise d’un traitement médicamenteux semble plus courante : plus de la moitié des Français ont déjà pris des médicaments (56%) pour résoudre leurs difficultés psychiques/psychologiques, dont un quart indique suivre toujours aujourd’hui un traitement (27%).

Chez ceux qui éprouvent ces difficultés mais n’ont pas consulté, on retrouve ces freins liés à la peur et/ou à la pudeur sur les questions psychologiques : 29% des concernés indiquent avoir du mal à accepter de se faire aider sur ce sujet, 24% reconnaissant également leur angoisse à l’idée d’aller chez le médecin de manière générale, deux raisons évoquées avant les questions financières (19%), habituellement prégnantes sur la question des soins. Des arguments qui mettent en lumière un dernier trait d’image problématique des souffrances psychologiques, qui sont, pour 81% des Français, difficiles à diagnostiquer et peut-être avant tout par soi-même.

Au-delà des peurs, un recours à la consultation plus que satisfaisant

Quand le cap de la consultation est franchi, les patients se montrent satisfaits voire très satisfaits du professionnel de santé consulté (85% déclarent que le professionnel s’est montré compétent, 36% très compétent). Un constat qui s’applique à tous les professionnels de santé consultés dans le cadre de sa prise en charge de soins, qu’il s’agisse du médecin traitant (83%), du psychologue (87%) ou du psychiatre (84%), seul le psychanalyste étant un peu moins apprécié par ceux qui l’ont consulté.

Si le professionnel de santé lui-même est apparu comme à l’écoute, disponible et capable de prodiguer des soins personnalisés, les modalités pratiques d’accès au professionnel paraissent tout aussi satisfaisantes. Les patients saluent ainsi à la fois la disponibilité des horaires, la facilité pour prendre rendez-vous, les délais d’obtention de rendez-vous (au-delà de 80% de satisfaction), mais aussi les tarifs pratiqués (78% satisfaits, sans distinctions majeures selon le professionnel consulté).

Dans le parcours de soin des difficultés psychologiques, les médecins généralistes incontournables

Si l’on reprend plus en détail le parcours de soins effectué dans le cadre des souffrances psychologiques, force est de constater que le médecin est une clé d’entrée incontournable. Il est le premier recours envisagé en matière d’information sur les troubles psychologiques (56% se tourneraient vers lui en priorité pour en parler) mais aussi en matière de soins : 81% s’adresseraient d’abord à leur généraliste pour obtenir un diagnostic sur leurs souffrances.

Un recours important au généraliste qui est confirmé par ceux qui ont effectivement consulté : 46% d’entre eux se sont d’abord adressées à leur médecin généraliste, même s’il est devenu un peu moins important par la suite (32% indiquent avoir continué les soins avec lui, mais 28% se sont ensuite adressés à un psychiatre et 26% à un psychologue).

Déjà connu et identifié, le généraliste apparaît comme un facteur de réassurance qui soit suffit à assurer les soins, soit permet de faire le relais vers des professionnels plus spécialisés. Cette identification est cruciale dans la mesure où identifier le bon interlocuteur ne va pas de soi. Si 73% des concernés indiquent qu’il a été pour eux relativement facile d’évoquer leurs difficultés avec leur médecin traitant, ils sont nombreux (38%) à indiquer qu’il déclarent qu’il leur a été difficile d’identifier le bon professionnel pour assurer leur suivi dans le temps.

La téléconsultation est encore peu développée mais bénéficie d’apriori positifs

Parmi les éléments déterminants dans le choix du professionnel de santé qui procurera des soins psychologiques, les critères d’accessibilité (facilité pour prendre des rendez-vous, proximité géographique, délais d’obtention de rendez-vous, horaires de consultation, perçus comme importants par plus de 80% des consultants) sont absolument prépondérants, allant jusqu’à dépasser en importance la recommandation d’autres professionnels de santé (78%) ou la formation (73%) du professionnel. Dans ce contexte de digitalisation et de pandémie, ces indicateurs font largement une place à la possibilité de téléconsulter.

A date, 21% des personnes qui suivent un parcours de soins psychologiques actuellement l’ont déjà pratiquée, et 66% de ceux qui ne l’ont pas fait l’accueillent de manière positive et indiquent pourraient l’envisager (pour un total de 45% sur l’ensemble des personnes n’ayant jamais téléconsulté).

Favorisée par le fait de ne pas avoir à se déplacer (30%) et le gain de temps (27%) par ceux qui la pratiquent ou pourraient l’envisager, la téléconsultation connait néanmoins certains freins qui ne sont pas spécifiques à la consultation de soins psychologiques. Chez ceux qui sont suivis actuellement et qui ne l’envisagent pas, on souligne essentiellement le besoin de contact direct (55%) avec le professionnel ainsi que le sentiment d’être moins bien pris en charge à distance (46%), deux limites classiques avancées contre la téléconsultation de manière générale.

Prise en charge de la santé mentale : quels acteurs, quelles attentes ?

On a souligné à la fois la démocratisation du sujet de la santé mentale en France et dans le même temps, toutes les difficultés, d’acceptation sociale, personnelle, d’information et d’orientation qui peuvent être perçus et/ou expérimentés par les Français. Des difficultés qui sont sous-tendues par ce que les Français notent comme une absence de prise en compte suffisante des difficultés psychologiques par les acteurs sociétaux. Ils dénoncent particulièrement une mauvaise prise en compte de la part des entreprises (73%), des établissements scolaires (68%) et plus généralement des pouvoirs publics (68%). Seuls les organismes de mutuelle sont perçus un peu moins durement et semblent, aux yeux des Français, avoir saisi davantage l’importance des soins psychologiques (42% estiment qu’ils les prennent bien en charge).

Au cœur des enjeux à cet égard, la question financière est largement mise en avant. 59% des Français estiment que les soins psychologiques sont mal pris en compte sur le plan financier, et pour eux, les premières priorités pour améliorer le recours aux soins tiennent aussi de ce registre. Réduire le reste à charge apparait ainsi comme un premier objectif prioritaire (27%), une action qui permettra à la fois un accès facilité au diagnostic (23%) et participera de la nécessaire dédramatisation des idées reçues concernant la santé mentale (21%). A ce titre, les Français sont largement favorables au remboursement des consultations chez un psychologue sur prescription médicale (91%, dont 36% considèrent qu’il s’agit d’une très bonne chose), une mesure applicable dès 2022.

Au final, plus qu’aux entreprises ou aux pouvoirs publics, les Français font confiance aux professionnels de santé (84%), aux associations de patients (69%), à l’Assurance Maladie (64%), mais aussi, dans une moindre mesure, aux mutuelles et complémentaires santé (57%) pour faire bouger les lignes sur la prise en compte de la santé mentale en France.

Source : Enquête réalisée en ligne du 17 et 23 novembre 2021 par Harris Interactive. Échantillon de 2 003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).


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