Michèle était en EHPAD, atteinte d’une maladie dégénérative. Elle a formulé par écrit ses volontés : pas d’acharnement thérapeutique. Frappée par le décès de son mari, elle s’est laissée partir quelques jours plus tard, elle qui l’avait toujours soutenu, une fois sa mission accomplie.

Un membre de sa famille vient me consulter. Il ne comprend pas la décision de Michèle. Et des éléments passent dans mon esprit, me renvoyant au décès d’un de mes parents…

***

Michèle aimait la musique classique.

Je pense à une poésie classique de 1976. « Porque te vas ? »

Ça l’aurait fait sourire aussi.

Derrière le titre classique de « Porque te vas ? », une philosophie actuelle.

« Aujourd’hui à la fenêtre le soleil brille et mon cœur

S’attriste en contemplant la ville

Parce que tu pars »

Porque te vas.

Partir est une décision. Arriver à partir, à quitter les siens, même temporairement, est une décision personnelle.

Le chemin est emprunté seul.e : pourquoi tu pars en Espagne sous Franco ?

Ou à deux : pourquoi partir tous les week-ends à Bertheville ? Pourquoi partir à St Angeli ?

Ou en famille : pourquoi partir au Maroc et en Tunisie ?

…Voire avec des amis : pourquoi partir à La Scala ? Pourquoi partir à Moscou et St Petersbourg ?

Partir est donc un choix et tous les « Porque », tous les Pourquoi questionnent ce choix, la destination, et le moment.

La destination peut paraître étrange à celui qui ne l’envisage pas. Ou à celui qui n’est pas sur le même chemin. Alors il demande « Pourquoi ? » Souvent il ne comprend pas la réponse car ce n’est pas sa voie, ce n’est pas son choix.

Le choix est à comprendre à la lumière de la volonté de la personne qui décide de l’emprunter. Le « Pourquoi ? » devance alors le « Pourquoi tu pars ? » Autrement dit : « Pourquoi toi, tu choisis de partir ? » Mais aussi, « pourquoi maintenant ? »

La compréhension de « Porque te vas ? » renvoie alors à notre compréhension de la décision de l’autre, à l’acceptation de sa décision. A son respect. Elle est nécessaire si l’on ne veut pas que la question du « Pourquoi ? » devienne… éternelle.

Et le poète de reprendre :

« Comme chaque nuit je me suis éveillée pensant à toi

Et sur ma montre j’ai vu défiler toute les heures »

Alors je vois Michèle ajouter malicieusement : « Porque me voy ». Parce que je pars.

Catégories : BrèvesPsychanalyse

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