Rester enfermé, rester ouvert à autrui. Stocker du PQ et passer un coup de fil à mamie. Travailler chez soi et aller chercher les enfants à l’école (avec un sauf-conduit). Ces impératifs rendent dingues. La dépression guette…

Depuis le (re)confinement, j’oscille tel un pendule entre l’ennui et la souffrance, avec Schopenhauer sur les genoux.

Je doute. Du doute, j’ai brusquement basculé dans le renoncement. Du plongeoir de l’incertitude, j’ai sauté à pieds joints dans le puits de l’acrimonie, de lacrymanie à force de toujours pleurer.

Je déprime. Ma dépression, conséquence de mon lourd vécu psychique, accélérée par le confinement qui me transforme en psy-chique molle, mute en anxiété du futur, tandis que mon présent se dérobe sous mes pieds, qui n’En Marche plus. Le confinement me paralyse, m’Hérode depuis tout ce temps.

Alors ce temps qui fuit si lentement, je le bois en séries. J’ai bingé la Saison 1, « Le corona virus débarque », je consomme la Saison 2 « Peur sur la Ville ». J’éprouve l’étrange sensation de vivre une fiction dystopique et de fictionner ma réalité monotopique. Je me crée des angoisses. Je pense que la Saison 3 est déjà en cours de concinception, « Peur pour ma Vie »…

Avec le confinement, la dépression guette (et c’est triste)

Mon esprit fonctionne à l’envers et au ralenti. Ma concentration se dilue. Les idées noires m’envahissent le jour, mes nuits se blanchissent. Ma libido dévisse, mon corps ne vaut plus un clou. Ma paranoïa se déploie, mon poids a varié, je suis un légume moche, dévitaminé.

Heureusement que mes antidépresseurs haute fréquence sont fidèles à leur poste. Je m’obésifie à coup de médias. Mais le malheur des autres n’est pas pire que le mien ; cela ne contribue pas à me rassurer. J’expérimente les effets indésirables de ces médocs lobotomisants : ils m’enfoncent et me défoncent. Cette came m’isole. Et je n’ai pas la force de m’en détacher. Les anxiolytiques d’État ne sont pas plus efficaces. Alors qu’ils devaient agir sur mes angoisses et la levée des inhibitions, ils m’endorment, ils m’étouffent et finiront par avoir ma peau.

Au loin résonnent des sirènes de police et d’ambulance, sonorisation des deux seuls pouvoirs qui vaillent…

***

Liens avec la psychanalyse : imposition de normes, création d’identité personnelle, psychologie et travail, contraintes perçues, pression au travail

Lire notre brève sur la sédentarité et la dépression.

Cet article a été aussi publié sur Tribune Juive : Pandémie : la grande dépression, merci !


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