Mains propres, slips sales et sans soutien-gorge ? Etat des lieux de l’hygiène des Français confinés dans cette étude IFOP d’avril 2020… Un sujet lié à la psychanalyse…

« La France confinée a été en réalité le théâtre de tendances divergentes en matière d’hygiène : alors que la peur d’être infecté par le virus a hissé les taux d’observance en matière de lavage des mains à des niveaux inégalés, le repli social lié au confinement a favorisé un relâchement de certaines habitudes en matière d’hygiène corporelle et vestimentaire, notamment chez les personnes isolées n’ayant plus besoin de donner une bonne impression aux autres », affirme François Kraus, directeur des études IFOP, à la suite de cette étude réalisée par l’institut.

Alors qu’elle a été longtemps traitée à la légère, la question de l’hygiène corporelle a quitté à l’occasion de la crise du Coronavirus l’univers de « l’intime » pour devenir un enjeu de santé publique au cœur des discours des autorités publiques et sanitaires. Dans un pays parfois perçu comme surexposé par les habitudes de sa population en matière de salutation (« bises », serrage de main…), d’hygiène corporelle ou d’irrespect des consignes collectives, les messages appelant à l’application des « gestes barrières » et autres règles de distanciation sociale ont été martelé pendant des semaines, amenant à des progrès considérables en matière d’hygiène des mains et de respect des « gestes barrières ». Cependant, l’instauration du confinement ne s’est pas traduite pour autant par une amélioration générale de l’hygiène des Français. Au contraire, une étude de l’Ifop menée pour 24matins révèle que le repli social lié au confinement s’est accompagné chez nombre de Français d’une tendance à la dégradation de l’hygiène corporelle et vestimentaire allant de pair avec une chute notable de leur estime de soi sur le plan physico-esthétique.

Pendant le confinement, une hygiène corporelle et vestimentaire moins soutenue

Tendances globales

La comparaison d’études menées avant (3 février) et après (4 avril) la mise en place du confinement a mis en lumière un net relâchement des Français dans le lavage quotidien de leurs corps et de leur visage : à peine 67% des Français pratiquent quotidiennement une toilette complète en période de confinement, contre 76% avant l’éclatement de la crise. Et c’est dans la gent masculine que cette tendance à la baisse est la plus forte : la proportion d’hommes se lavant tous les jours le corps et le visage ayant chuté de 10 points (61%) par rapport au niveau mesuré début février (71%).

Motivations

Une telle évolution est sans doute à lier au fait que le confinement a réduit les interactions sociales et les contacts physiques. En cela, il a desserré la contrainte que le regard des autres fait peser habituellement sur l’image de soi au point d’atténuer la crainte d’être stigmatisé par ses pairs en cas de négligence dans son apparence. D’ailleurs, c’est chez les hommes confinés seuls que la fréquence de lavage quotidienne est la plus faible (49%, contre 70% des hommes vivant à quatre ou plus dans leur foyer), signe que l’hygiène tient beaucoup au degré de sociabilité d’un individu et à sa prise en compte du regard d’autrui dans la gestion de son apparence corporelle.

Toilette et hygiène

Pour le reste, cette absence de toilette quotidienne constitue, comme dans les précédentes enquêtes, un phénomène plutôt masculin, affectant avant tout les seniors dont les pratiques en matière d’hygiène ont été inculquées à une époque où le confort sanitaire de base (ex : eau courante, salle de bain, douche…) n’était pas aussi répandu : moins de la moitié (49%) des hommes de 65 ans et plus se lavant entièrement tous les jours, contre plus des deux tiers des jeunes de moins de 25 ans (67%).

Sous-vêtements

Jouant aussi un rôle important dans la prévention des infections et le bien-être corporel, l’hygiène vestimentaire enregistre également un certain recul avec le confinement. Par exemple, à peine 68% des hommes confinés déclarent changer quotidiennement de sous-vêtements, contre 73% avant la mise en place du confinement. Là aussi, les « mauvais élèves » sont surreprésentés dans les rangs des séniors – qui continuent à avoir des pratiques hygiéniques proches de celles qu’ils ont connus dans leur enfance – et des hommes confinés seuls : 41% des hommes vivant seuls admettant ne pas changer de slip ou de caleçon tous les jours, contre 15% des femmes dans la même situation.

« No bra », « free pussies », « no slip »… de nouvelles habitudes vestimentaires

Symptomatique d’un certain « laisser-aller » vestimentaire des Français en milieu confiné, l’absence du port de sous-vêtements apparaît comme la grande tendance de cette période de confinement.

Chez les femmes, le confinement est en effet allé de pair avec une explosion du nombre d’adeptes du “no bra” : la proportion de femmes ne portant jamais ou presque jamais de soutien-gorge étant passée de 3% avant le confinement (3 février) à 8% trois semaines après sa mise en place (4 avril).

Alliant souvent des motivations à la fois esthétiques, sanitaires et féministes, le mouvement “no bra” trouve ainsi dans les conditions de vie imposées par le confinement un terreau propice à une pratique qui, si elle est assez simple à effectuer chez soi, a toujours été plus compliquée à assumer en-dehors tant la poitrine des femmes reste sexualisée. Dans le détail, c’est d’ailleurs dans les rangs des femmes ne souffrant pas du regard des autres que cette pratique est la plus élevée : 12% des femmes vivant seules n’en portant plus, contre 5% des femmes confinées en couple avec deux enfants. Mais c’est aussi l’âge qui semble jouer en la matière : 20% des jeunes femmes confinées de moins de 25 ans ne portent pas de soutien-gorge, contre 8% des seniors de 65 ans et plus.

Chez les hommes, cette tendance à la « libération » totale du sous-vêtement est plus limitée. Mais il n’en reste pas moins que le confinement s’est aussi traduit par une augmentation significative du nombre d’hommes ne portant plus de slip/caleçon : 5% en avril, soit une proportion cinq fois supérieure à celle observée par l’Ifop avant la mise en place du confinement (1% en février). Et dans le détail, cette pratique atteint des niveaux non négligeables dans les rangs des hommes seuls (9%), résidant en Provence-Alpes-Côte d’Azur (11%) ou en cours d’études (13%).

Chez les femmes, le mouvement des “free pussies” (sans culotte) progresse lui aussi mais reste très marginal (2%) en dehors des rangs des femmes de moins de 25 ans (7%), sans doute moins exposées que les autres aux risques que cette pratique peut avoir pour leur hygiène intime (ex : fuites urinaires…).

Le confinement engendre une forte dépréciation de soi sur le plan physique

Enfin, cette dégradation relative de l’hygiène corporelle et vestimentaire va de pair avec une forte baisse de l’estime de soi des femmes sur le plan physico-esthétique : seules 12% des Françaises confinées se trouvent actuellement « belles », soit presque deux fois moins que ce que l’on pouvait observer avant la mise en place du confinement (22%).

Si ce manque d’estime que les Françaises portent sur leur apparence physique est plus répandu chez les femmes ne se lavant pas tous les jours, il ne tient toutefois pas qu’à une baisse de fréquence du lavage du corps ou des vêtements. Cette dépréciation est aussi à relier sans doute à une potentielle prise de poids (lire une autre étude IFOP) – consécutives à des repas/apéritifs plus copieux ou fréquents qu’à l’accoutumée – et surtout au fait que les Françaises n’ont plus accès aux services de soins (ex : coiffure, manucure, pédicure…) contribuant habituellement à entretenir leur confiance en soi sur le plan esthétique.

Et François Kraus de conclure : « Quels que soient les progrès qui resteront après la crise, les autorités sanitaires devront intégrer l’idée qu’une bonne hygiène individuelle est avant tout liée à la prise en compte du regard d’autrui sur son apparence corporelle : son moteur essentiel restant la crainte que chacun à d’être victime du « stigmate » (Goffman) qui affecte toute personne qui s’affranchit des standards de propreté ».

Justement, nous aborderons ce sujet dans un cas clinique (à paraître en juin) !

Catégories : BrèvesPsychanalyse

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